Mais qui conduit mon corps ?

La période est agitée, les nouvelles vont vite, les équilibres sont instables et la vie nous demande de naviguer dans cette ambiance mouvante. En règle générale, à l’intérieur de nous aussi, tout va vite : notre mental se balade de pensée en pensée, nos sens nous envoient des milliers d’informations et nos émotions se bousculent au milieu de tout ça.

Je me souviens d’un cours à l’École Française de Yoga, à propos d’une parabole indienne dans laquelle la conscience humaine est comparée à un voyageur dans un char tiré par des chevaux.

Dans la version que j’ai découverte, le corps physique est représenté par le char, les sens par les chevaux, le mental par les rênes, le discernement par le cocher et notre conscience par le passager qui observe ce qui se passe.

J’aime cette image parce qu’elle nous invite à nous demander : qu’est-ce qui conduit mon char (mon corps) ? Est-ce que ce sont les chevaux sensoriels qui peuvent s’emballer au gré de mes expériences, de mes inquiétudes ou des sollicitations du monde ? Est-ce mon mental, qui peut tirer les rênes dans tous les sens, tenter de tout comprendre et chercher à tout contrôler ou encore se relâcher et même totalement divaguer ? Est-ce mon Intellect et sait-il où il va ? Est-ce enfin ma conscience, qui depuis une zone calme et confiante, inspire mon trajet ?

Il y a aussi une question plus importante encore : quelle direction est ce que je souhaite prendre ? Autrement dit, qu’est ce qui influence mon mental ? Les émotions débridées ? Les pensées éparpillées ? Mon mental sais t-il ce qu’il veut ? Est ce que j’écoute mon intuition et ma conscience profonde ? Mon libre-arbitre est-il en action ? Car tout cela aura une influence concrète sur mon corps et ma vie.

Ceci nous invite à regarder ce qui se trouve à la source de nos choix, surtout lorsque nous sommes en état d’agitation : pour simplifier les choses à l’extrême, cela relève souvent d’une option entre la peur (venant de nos chevaux, nos sens, qui peuvent nous tromper) ou l’amour (le passager confiant assis dans le char, qui sait que nous faisons de notre mieux et ne demande pas mieux que de donner son conseil, si on lui demande).

La peur est un état d’agitation, au ressenti peu agréable, qui nous pousse souvent à nous protéger, à anticiper le pire, à rester dans ce qui nous est familier. Elle peut resserrer les rênes et restreindre nos possibles, mettre nos chevaux à l’arrêt et nous faire croire que nous pouvons ou devons tout maîtriser.

L’amour, lui, ouvre un autre espace : celui de la confiance, de la présence, de l’élan vers la vie. Les chevaux peuvent alors trouver une allure qui leur convient et devenir des compagnons de route plus fiables. Le trajet de notre vie en est sans doute plus agréable.

Cela ne signifie pas qu’il faut à tout prix rejeter la peur. Elle peut être une saine alerte et nous aider à nous protéger dans certains cas. Mais nous pouvons essayer de ne pas lui confier seule la conduite du char. La reconnaître, l’écouter, puis reprendre un peu de recul nous permet parfois de choisir une réponse plus libre.

Alors, lorsque le mental s’agite, peut-être pouvons-nous nous arrêter un instant et nous demander : est-ce la peur qui tient les rênes, ou bien l’amour ?

L’image ne nous demande pas de faire taire les chevaux. Ils ont leur énergie, leurs élans, leurs alertes. Elle nous invite plutôt à prendre soin des rênes et à réveiller le discernement du cocher : ralentir, sentir ce qui se passe en nous, regarder où nous allons. Le corps n’est pas un véhicule qu’il faudrait dominer ; il est aussi un lieu d’information, de présence et de relation au monde.

Le char n’a pas besoin d’avancer à toute vitesse. Il peut ralentir, retrouver son équilibre et reprendre la route, un pas après l’autre.

De tout cœur

Mathilde